28 avril 2010 : Les médecins contestent le ticket
28 avril 2010 : Manifestation du 1er mai
9 avril 2010 : Système de santé : quelle erreur fondamentale ?
8 avril 2010 : Le ticket modérateur en santé : mais que veut-on modérer?
31 mars 2010 : MQRP réagit au budget du ministre Bachand
Novembre 2009 : Rapport présenté à l'assemblée générale de MQRP,le 10 novembre 2009"
Janvier 2009 : Présentation du Dr. Simon Turcotte sur les objectifs de MQRP
Avril 2008 : Pour se retrouver dans le dossier Castonguay : « En avoir pour notre argent »
Mai 2007 : Pourquoi attendre? Des solutions publiques aux listes d’attente en chirurgie
28 avril
2010
Les médecins
contestent le ticket
Le budget Bachand
2010 propose l’instauration d’une franchise santé calculée en
fonction du nombre de visites médicales effectuées durant l’année,
ce qui équivaut à un ticket modérateur. La mise en place d’une
telle mesure obligerait les malades à verser des sommes d’argent
supplémentaires à l’État pour rencontrer leur médecin ou recevoir
des soins.
Cette proposition
est inacceptable: non seulement ne doit-on pas taxer la maladie, mais
le concept même d’utilisateur-payeur ne peut s’appliquer à la santé.
Reconnaissant
la nécessité de financer adéquatement le système de soins,
nous rejetons toutefois que ce financement prenne la forme d’un ticket
modérateur (ou orienteur) pouvant avoir des conséquences néfastes
sur la santé de nos patients, porter atteinte au lien de confiance
médecin-patient et rendre encore plus complexe la gestion du réseau
de la santé. De plus, aucune diminution des coûts n’est garantie
avec une telle initiative, bien au contraire.
Rien ne justifie
donc une telle remise en cause des principes de l’assurance maladie,
où les soins médicalement requis sont couverts par un régime public
financé collectivement.
Des impacts
négatifs sur la santé des Québécois
Lorsque nos
patients consultent, ce n’est certainement pas pour le plaisir, mais
bien pour prendre soin d’eux-mêmes ou pour effectuer les suivis demandés
et les examens requis. Notre désaccord est d’abord éthique: un ticket
modérateur (ou « franchise santé ») risque de compromettre l’accès
aux soins, notamment pour les personnes les plus vulnérables. Nous
refusons l’idée que dorénavant nos patients puissent choisir de
consulter ou non en fonction de leurs moyens plutôt que de leurs besoins.
C’est pourtant
ce qui arrivera si un ticket modérateur est instauré: comme dans d’autres
pays, certains patients retarderont ou annuleront des consultations,
ce qui fragilisera la continuité des soins et conduira à une augmentation
des hospitalisations et conséquemment des coûts. Parallèlement, la
promotion de la santé et la prévention, éléments fondamentaux d’un
bon système de santé, seront laissées pour contre.
Un ticket modérateur,
qu’il soit modulé ou non, est donc une option éthiquement douteuse,
médicalement indéfendable et d’autant plus injustifiée que les
jeunes familles, les personnes âgées, les malades chroniques et les
patients les plus pauvres en seront les premières victimes. Dans la
perspective du vieillissement de la population et de la pandémie de
maladies chroniques qui l'accompagne, cette mesure va à l'encontre
de l'adaptation essentielle du système de santé à ces nouveaux défis.
Une proposition
ingérable et coûteuse
Faut-il souligner
la difficulté pratique de mettre en place une telle mesure ? On
souhaite « modérer » ou « orienter » nos patients, mais comment évaluer
si leurs « choix » seront ou non « adéquats »? Selon quels critères
nébuleux? Bien répondre demandera une connaissance précise des conditions
médicales et des trajectoires de soins. Alors, qui en jugera?
Un médecin, peut-être même le médecin traitant? De notre côté,
nous n’avons pas l’intention de nous prêter à ce jeu.
D’un strict
point de vue comptable, les coûts d’administration d’un tel programme
risquent par ailleurs de dépasser largement les « gains » théoriques,
sans compter que l’aggravation prévisible de l’état de santé
et la hausse conséquente des hospitalisations entraineront de nouvelles
dépenses. De plus, en contradiction directe avec les principes de la
loi canadienne sur la santé, le ticket modérateur fera l’objet de
batailles juridiques aussi coûteuses qu’inutiles.
Rappelons qu’à
l’inverse de certaines idées reçues, l’utilisation du système
de santé suppose déjà certains déboursés directs de la part
des patients, qui payent de leur poche une part significative des soins,
notamment ce qui n’est pas entièrement couvert par l’assurance-maladie :
médicaments, dentisterie, physiothérapie, etc. Or, d’après l’OCDE,
les montants en jeu sont déjà plus élevés au Canada que dans la
plupart des pays comparables. Comment dès lors justifier une hausse
supplémentaire sous forme de ticket modérateur?
Rejeter
le ticket modérateur
Nos patients
n’ont pas à subir les effets pernicieux d’un ticket modérateur.
L’implantation de cette mesure aussi injuste qu’inefficace se ferait
à leur détriment. Et ils risquent malheureusement d’en payer le
prix… de leur santé. Il faut favoriser plutôt que nuire
à l’accès à un médecin, alors que plus de 25 % des Québécois
n’ont pas de médecin de famille, de loin le pire résultat au Canada.
Nous rejetons
donc fermement une proposition qui ferait en sorte que les Québécois
aient à défrayer des coûts pour chaque consultation médicale.
Nous sommes
d’avis qu’il faut plutôt redoubler d’ardeur pour implanter les
solutions connues, démontrées efficaces et qui amélioreront vraiment
notre système de soins : une meilleure organisation de la première
ligne et une bonification des ressources qui lui sont allouées, le
suivi intégré des malades chroniques (ce qui prévient les consultations
à l’urgence et les longues hospitalisations), l’informatisation
du dossier-patient et la gestion centralisée des listes d’attente
doivent donc compter parmi les priorités gouvernementales.
Le gouvernement
doit orienter son action vers ces chantiers plutôt que d’instaurer
un ticket modérateur.
Signent
cette déclaration:
Alain Vadeboncoeur, vice-président et Marie-Claude Goulet, présidente, Médecins québécois pour le régime public; Louis Godin, président, Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Guillaume Charbonneau, président, Collège québécois des médecins de famille, Yann Dazé, président, Fédération des médecins résidents du Québec, Jean-François Lajoie, président, Association médicale du Québec, Myriam Auclair, présidente, Fédération médicale étudiante du Québec, Sylvain Dion, président, Association des médecins de CLSC du Québec, Réjean Hébert, Pierre J. Durand, Jean L. Rouleau et Richard Levin doyens des facultés de médecine des universités de Sherbrooke, Laval, Montréal et McGill