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8 avril 2010 : Le ticket modérateur en santé : mais que veut-on modérer?

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Novembre 2009 : Rapport présenté à l'assemblée générale de MQRP,le 10 novembre 2009"

Janvier 2009 : Présentation du Dr. Simon Turcotte sur les objectifs de MQRP

Avril 2008 : Pour se retrouver dans le dossier Castonguay : « En avoir pour notre argent »

Mai 2007 : Pourquoi attendre? Des solutions publiques aux listes d’attente en chirurgie

Pourquoi attendre ?
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Le ticket modérateur en santé : mais que veut-on modérer?

Après 35 ans de travail comme médecin de famille, encore fort ravie de rencontrer tous les jours mes patients, jamais je n'ai reçu un patient qui consultait pour « rien ». Mais alors d'où vient cette idée que les patients consultent pour « rien » et qu'il faut donc les modérer? Et qu'ainsi on sauvera de l'argent?

Les patients ne consultent pas pour rien. Viendraient-ils attendre des heures dans nos salles d'attente ou dans les urgences quand nous n'y sommes pas « pour rien »?

Je suis toujours heureuse de dire à un parent que la fièvre à 39 C de leur enfant n'est pas une otite ou une pneumonie ou à un homme de 55 ans que son malaise thoracique n'est pas une « crise de coeur ».

Je sais que je fais mon travail lorsque je dis à cette dame de 84 ans que je comprends sa difficulté à marcher avec ce genou arthrosique, à ce jeune qu'il a eu raison de consulter pour son malaise abdominal, à cette jeune fille que sa demande de contraception est tout à fait pertinente. Je fais aussi mon travail lorsque je félicite mon patient diabétique venant fidèlement à ses visites de contrôle à ma demande, comme les guides de pratique sur le diabète m'ont appris à le faire et comme je l'enseigne aux étudiants et résidents en médecine de famille.

Mes patients consultent parce qu'ils en ont besoin, un point c'est tout. Ils consultent parce que leur médecin leur demande de venir les voir, parce qu'ils sont soucieux de leur santé, parce qu'ils souhaitent savoir s'ils ont un taux élevé de cholestérol ou s'ils font du diabète, leurs parents étant diabétiques; ils consultent aussi parce que nos départements de santé publique et notre ministère de la Santé les invitent à subir un dépistage pour le cancer du sein, du côlon ou de la prostate.

Alors de quoi se mêlent ces « lucides » qui veulent modérer les patients dans leur besoin de consulter pour leur santé? Notre population est très responsable de sa santé et tous les jours je le constate dans mon travail. Je les salue bien bas pour cela. Non, messieurs et mesdames les ministres, ne vous mêlez pas de ça, modérez vos méthodes démontrées inutiles. Le ticket modérateur, on le sait, augmente les coûts des soins en raison des délais engendrés pour la consultation, ce qui touchera d'abord les plus démunis.

Rappelez-vous que les pauvres des quartiers les plus pauvres de Montréal meurent dix ans plus jeunes que les riches, c'est-à-dire vous et moi. Actuellement, ces bien nantis consultent de plus en plus dans les cliniques privées, car ils peuvent se le payer, et bien évidemment, il n'y aura là aucun ticket modérateur pour modérer cette envie tout aussi légitime de consulter.

Il y aurait pourtant beaucoup de choses à modérer dans notre société : la caféine que l'on vient d'accepter d'ajouter dans les boissons gazeuses, qui ne fera qu'exciter nos enfants; la restauration rapide qui nous gave de calories au point où l'obésité est en croissance continue, s'installant bien souvent près des écoles et des jeunes; ne pourrait-on pas aussi modérer les compagnies pharmaceutiques qui, tel un rouleau compresseur, nous invitent à prendre de multiples médicaments pour notre cholestérol, notre taux de sucre un peu augmenté, nos humeurs, nos tristesses de la vie? Ces compagnies qui font la promotion de leurs médicaments de plus en plus directement aux patients, qu'on retrouve dans nos universités, dans nos hôpitaux d'enseignement, dans nos cliniques, cherchant à nous convaincre parfois à l'aide de piètres études scientifiques? Mais on veut plutôt que notre population modère ses demandes au système.

Je crois rêver, mais je ne rêve pas et cela me met en colère.

La santé, c'est un bien précieux. Il faut la préserver autant que l'on peut et la visite médicale fait partie de l'ensemble des moyens pour y voir, comme la bonne alimentation, la prévention, le dépistage, les soins et aussi les soins palliatifs et de réadaptation et tout ce qui est nécessaire à l'une ou l'autre des différentes étapes de sa vie.

Messieurs et Mesdames qui nous gouvernez, vous n'êtes pas lucides. Alors modérez-vous donc.

Louise Authier
Médecin de famille depuis 35 ans
Professeur à la résidence de médecine de famille
Membre de médecins québécois pour le Régime Public
Montréal